Un plan pour écrire une histoire de fantômes

Je l’avoue en partant, les histoires de fantômes sont mon petit plaisir coupable. Pas les fantômes qui dégoulinent et qui traînent leurs chaînes juste pour faire peur. Mais les fantômes qui innovent, qui repoussent les limites du possible et surtout qui ont une histoire bien humaine à raconter.

Alors je vous propose aujourd’hui un plan, que j’ai construit à partir de plusieurs contes qui ont survécu au temps. Il contient les principales étapes pour écrire une histoire de fantômes.

Les deux éléments incontournables d’une histoire de fantômes sont la rencontre entre le monde des vivants et l’au-delà, et une bonne dose de suspense. Il y a toutes sortes de recettes pour les mélanger. Donc le plan qui suit n’est certainement pas unique. Mais il résume le scénario qui semble revenir le plus souvent :

 

1. Une croyance liée à l’au-delà

Dans la situation initiale, on prépare l’entrée du fantôme en racontant un événement du passé qui a donné naissance à une croyance reliée à l’au-delà. Souvent il s’agit d’un événement riche en émotions, comme un drame ou une injustice. C’est la partie qui donne le ton à l’histoire, en nous offrant des indices sur les caractéristiques psychologiques du fantôme (gentil, cruel, triste, taquin…) et aussi sur l’interaction qu’il aura avec le monde des vivants (demande de justice, vengeance, aide…). C’est ici qu’on commence à deviner le degré de suspense et de frayeur que l’histoire nous réserve, et donc l’âge de lecteurs auxquels elle s’adresse.

« Il y en avait deux. Identiques et placées de part et d’autre de l’autel de la petite église du village : deux statues en marbre représentant des chevaliers en armure. Leur épée et leur bouclier sur le côté, ils avaient les mains jointes en une prière éternelle.

Leurs noms étaient oubliés depuis longtemps, mais les gens du village perpétuaient le souvenir de deux bandits terriblement cruels, coupables de forfaits si odieux que le ciel s’était vengé en faisant s’abattre la foudre sur leur maison, une maison qui s’élevait autrefois sur le terrain ou se trouve la nôtre. »

Les hommes de marbre, Edith Nesbit

« Un trois-mâts norvégien s’était fait prendre par une tempête d’hiver, peu avant la Noël, sur les  hauts-fonds, entre l’île et le continent. […]

Les îliens, le désespoir au cœur, s’étaient réunis sur la falaise et avaient assisté au naufrage, impuissants, pour montrer qu’ils ne fuyaient pas leurs responsabilités et qu’ils prenaient toute leur part du drame qui se jouait.

Dans les hurlements du vent, ils avaient écouté les cris de lutte qui s’élevaient, telles de pâles étincelles, puis s’éteignaient. Ils avaient regardé le navire, minutieusement fracassé. Certains priaient en silence et tous, impassibles comme des écueils, se laissaient cingler par les embruns. »

Le miroir épave, conte de Bretagne

 

On nous présente aussi les personnages vivants qui vont interagir avec notre fantôme. Mais cette présentation est forcément brève, car après tout c’est le fantôme qui tient la vedette. Donc, la plupart du temps les vivants sont plutôt stéréotypés. Ils ne sont décrits que par une ou deux caractéristiques psychologiques qui les rend sympathiques ou non au lecteur, et qui laissent présager le sort que l’histoire leur réserve.

« Comme tous les seigneurs de son siècle, celui-ci s’adonnait à la chasse. Non, pas comme eux exactement. Avec ferveur, intensément, jusqu’à ce point où la passion déborde pour verser dans la folie.

La chasse occupait toutes ses pensées, tous ses projets, de jour comme de nuit et quelle que soit la saison. »

Le chasseur maudit, conte de Franche-Comté

 

2. Le fantôme s’annonce

Un élément de suspense (indice, questionnement, rumeur…) nous annonce que le fantôme s’apprête à faire irruption dans l’histoire.

« Tout allait donc pour le mieux, du moins en ce qui concernait les nouveaux arrivants, lorsque de vagues rumeurs à propos d’un fantôme leur vinrent aux oreilles. Ils en rirent, les mettant sur le compte de la superstition. Les événements qui suivent devaient leur donner tort. »

La petite fille au bonnet blanc, conte français

« Sur le chemin, je fus certain d’entendre des pas. Échos de mes propres pas peut-être. Puis je remarquai que la porte de l’église était ouverte. Soudain, la légende des statues en marbre me revint à l’esprit. »

Les hommes de marbre, Edith Nesbit

 

3. Premier signe de l’au-delà

C’est le moment tant attendu où notre fantôme s’avère réel. Il se manifeste par un signe qui appartient en dehors de tout doute au surnaturel, et confirme ainsi sa capacité à venir chambouler le monde des vivants.

Les questions surgissent: pourquoi le fantôme établit-il le contact? Quelles sont ses intentions ? Quelle est l’ampleur de sa force? Est-ce possible de l’arrêter? On accumule les questions et on retarde les réponses, dans le but de cultiver l’inquiétude du lecteur et donc de faire monter le suspense.

« Le miroir faisait face à la porte. […]
-Mais! s’écria Adélaïde au même instant. Qu’est-ce qu’il lui est arrivé? Je l’ai astiqué tout à l’heure avec du papier journal et des épluchures de pommes de terre. Il brillait.
La glace était entièrement couverte de buée et, par endroits, des gouttelettes se condensaient en coulant. »

Le miroir épave, conte de Bretagne

« Mais je m’arrêtai net. Mon cœur fit un tel bond dans ma poitrine que je m’étouffai presque. Les statues n’étaient plus là et les dalles de marbre nu reflétaient la lumière de la lune qui filtrait à travers le vitrail ouest. »

Les hommes de marbre, Edith Nesbit

 

4. La rencontre finale se prépare

Impossible de faire marche arrière. D’un instant à l’autre, tout peut arriver. L’ambiance est engourdie par l’attente et  la peur. Les dialogues sont rares, et les descriptions sont brèves et efficaces pour ne pas ralentir le rythme et nuire au suspense.

« Il fut bientôt réveillé par des sonneries, des cris, des aboiements furieux. […] Il tendit l’oreille et ne reconnut aucune voix. Ni celle des bêtes, ni celle des trompes. Étranges clameurs. Elles vibraient de colère, réclamaient vengeance en vociférant, avec des rires où perçait la cruauté. »

Le chasseur maudit, conte de Franche-Comté

5. Le fantôme se révèle

Il fait connaître ses motivations et ses intentions. Il offre ou demande son aide, ou au contraire il punit. Souvent le fantôme cherche à réparer une injustice, mais il arrive aussi qu’il frappe gratuitement et au hasard, ce qui par contre le rend moins intéressant du point de vue psychologique.

Selon le ton de l’histoire et l’âge du public ciblé, cette rencontre peut avoir un aspect plus ou moins violent. La violence est un ingrédient difficile à doser, surtout dans un récit pour enfants. Dans le doute il vaut mieux y aller d’une plume légère et surprendre le lecteur avec des informations inattendues plutôt qu’avec des émotions intenses.

« Elles se regardent sans mot dire, aussi pâles l’un que l’autre, aussi frêles, aussi silencieuses. Puis l’apparition tend les bras, non à sa compagne mais à l’objet qu’elle porte. Dans ses yeux passe comme une prière. »

La petite fille au bonnet blanc, conte français

6. La situation finale

C’est l’étape qui offre un apaisement au lecteur, après toutes les émotions fortes du récit. Le narrateur guide un peu sa compréhension, avec des explications sur les motivations du fantôme ou encore sur l’impact qu’il aura eu sur les vivants.

« Ceux qui auraient pu répondre n’étaient plus. La vieille femme, bercée par la houle de ses pensées, réfléchissait.
-Il a fallu la présence de Marie pour aider le miroir à accoucher du chagrin qu’il portait, dit-elle au vent qui l’écoutait. »

Le miroir épave, conte de Bretagne

Mais souvent la situation finale est inexistante. Le récit se termine alors d’un coup sec, juste après le dénouement de la rencontre. Cette fin brusque a un impact encore plus fort sur le lecteur, puisqu’elle le surprend à bout de souffle,  tous ses sens en alerte, et éventuellement un peu déconcerté par des questions auxquelles il doit répondre par lui-même.

« […] j’autorisai le docteur à lui faire desserrer le poing afin qu’on vit ce qu’elle tenait. C’était un doigt en marbre gris. »

Les hommes de marbre, Edith Nesbit

J’espère que ces étapes vous seront utiles et que vous pourrez les adapter selon vos goûts et votre inspiration. Pour une histoire plus longue, on ajoute des intrigues secondaires: on cultive la psychologie des personnages, on multiplie les indices, on ajoute des fausses pistes et des rebondissements. Mais on veille toujours à ce que ces éléments apportent des informations qui convergent toutes vers la même histoire principale (petit retour sur les intrigues principales et les intrigues secondaires).

 

Et pour des frissons supplémentaires, je vous dis à bientôt avec un blog sur des idées d’histoires de fantômes!

 

Sources:

Dix contes de fantômes, Jacques Cassabois, Le livre de Poche jeunesse, 2010
Fantômes et Cie, Chris Mould, Editions White Star, 2008
10 contes de fantômes, écrit par Gudule et illustré par Aline Bureau, 2007

Crédit image: freepik

1 Commentaire

  1. Milly dit : Répondre

    Je reviens te lire attentivement ce soir Silvia! 🙂

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