Écrire pour les enfants: comment choisir ses lecteurs?

Que vous choisissiez d’avance le groupe d’âge auquel vous dédiez votre récit ou que votre récit choisisse lui-même son public, vous voudrez peut-être, à un moment ou à un autre, cerner un peu plus vos lecteurs.

Chaque groupe d’âge a un vocabulaire, des préoccupations et un niveau de développement qui lui sont propres. Alors pour s’assurer de la cohésion d’une intrigue, on cherche à avoir une cohérence entre le thème, les personnages, le style, le vocabulaire, l’humour et la longueur.

Ce qui rend la tâche un peu plus ardue, c’est que les frontières des groupes d’âge sont floues. Chaque enfant a ses goûts et son rythme de développement. Quant aux thèmes et au nombre de mots des manuscrits, ils varient selon chaque éditeur. Mais on peut tout de même noter certaines tendances. On y va pour un petit tour d’horizon ?

 

Les bébés:
Les premiers livres de bébé ont très peu de texte (voire pas du tout) puisqu’à cet âge l’interaction entre l’enfant et le livre se fait principalement grâce aux images et aux talents clownesques de maman-papa-et-les-autres-grands. On retrouve aussi de plus en plus de livres qui enferment des petits trésors comme des miroirs, des jouets sonores et des matériaux de diverses textures, qui permettent à bébé d’apprendre ses premiers mots à travers des jeux sensoriels.

 

Les tout petits – 1 à 3 ans:
Le but des histoires est encore d’enseigner de nouveaux mots, et les images y jouent toujours un grand rôle. Mais le texte prend plus d’importance : il contient des rythmes, des répétitions, des allitérations qui captent l’attention de l’enfant et facilitent la mémorisation. Comme la capacité de concentration de l’enfant est de quelques minutes, les histoires sont courtes – environ 300 mots répartis en 1 ou 2 phrases par page et parsemées de situations cocasses qui gardent l’intérêt du petit lecteur. L’intrigue met en scène un seul personnage et des mots qui sont familiers à l’enfant et qu’il est porté à répéter souvent : chaud, doux, câlin, rouge, maison, auto… Le texte sert donc à insister sur les mots à retenir, mais il évite de décrire les illustrations, pour ne pas allonger la lecture ni créer de redondances.

 

Les 3 à 6 ans:
C’est la période où l’enfant commence à prendre conscience de son identité et de sa place dans son environnement immédiat. C’est donc le début des histoires qui comportent une intrigue. Mais celle-ci est simple : pas de sous-intrigues ni de rebondissements, un seul personnage principal, 1000 mots tout au plus, et se concentre sur une seule émotion ou action, familière à l’enfant (une grande surprise, un mauvais rêve, un bobo, l’heure du dodo, une visite au zoo, la perte d’un animal). Les illustrations jouent encore un rôle important pour aider à suivre l’histoire et une petite touche d’humour est toujours bienvenue pour garder l’intérêt de l’enfant et au besoin dédramatiser un passage riche en émotions.

 

Les 6 à 8 ans:
L’enfant commence à lire tout seul. Les histoires s’allongent et atteignent une moyenne de 2000 mots. Les thèmes suivent le développement de l’enfant : le mystère, l’aventure, les mondes magiques, le sport… Les illustrations sont plus discrètes et moins nombreuses.  Le vocabulaire est abordable mais il comporte quelques mots plus exotiques pour stimuler la curiosité. Les phrases sont simples (une idée par phrase) et regroupées en chapitres courts. Il y a toujours un seul personnage principal, mais les personnages secondaires sont plus nombreux et plus complexes. L’intrigue est enrichie de sous-intrigues, les descriptions sont rares et brèves, mais les dialogues et scènes d’action sont omniprésents.

 

Les 8 à 12 ans:
C’est la préadolescence. La longueur des textes peut atteindre de 25 000 à 45 000 mots. Les dialogues et l’action ont toujours la cote, mais les descriptions sont plus élaborées, le vocabulaire et la syntaxe aussi, et les personnages deviennent multidimensionnels (même les gentils ont leurs défauts !).

Aux thèmes reliés à l’aventure et au fantastique viennent s’ajouter des préoccupations quotidiennes (des conflits, un premier amour, la séparation, les relations familiales), des faits historiques et scientifiques ainsi que des événements de l’actualité (la guerre, l’exil, la pauvreté, les catastrophes naturelles).

 

Les 12 ans et plus:
Les romans pour ados ont en moyenne 40 000 à 60 000 mots. Les intrigues et les personnages sont plus complexes, les descriptions plus détaillées et l’humour plus subtil. Les thèmes s’apparentent à ceux du groupe d’âge précédant, auxquels s’ajoutent des questionnements sur l’identité, les sentiments, les choix d’avenir, l’envie de découvertes, l’influence des amis et des médias, etc. La sexualité préoccupe énormément les ados et les histoires qui leur sont destinées y font allusion, mais rarement de façon explicite. Si les auteurs jeunesse évitent généralement de faire la morale, la plupart d’entre eux traitent ce sujet en privilégiant les valeurs que notre époque considère saines et respectueuses.

 

 

Sources :

How to write a children’s book and get it published, by Barbara Seuling, Macmillan, 1991
http://www.unicef.org/cwc/cwc_58605.html
http://www.aaronshep.com/kidwriter/Tips.html
https://www.theguardian.com/books/2008/sep/26/booksforchildrenandteenagers1
http://fr.wikihow.com/Écrire-une-histoire-pour-enfants
http://www.right-writing.com/genres.html
Crédit image: freepik.com

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