Comment ajouter de l’action dans une histoire pour enfants?

Roman d’aventures, intrigue sentimentale, énigme policière, peu importe leur genre, tous les récits ont un ingrédient commun : l’action.

Les scènes d’action sont les moments forts du récit

Les scènes d’action provoquent des surprises, éveillent des questions, dévoilent les multiples facettes des personnages, attisent les émotions des lecteurs. En d’autres mots, elles rendent le récit plus captivant. Mais d’abord et avant tout, elles structurent l’intrigue en y ajoutant des rebondissements. Ce sont donc les scènes d’action qui décident des principales étapes de l’histoire et de la manière dont elles s’enchaînent pour créer un scénario fluide et cohérent.

Selon le genre du récit, une scène d’action peut être un événement imprévu, un conflit, un crime, une déclaration d’amour, un indice mystérieux ou tout événement qui provoque une réaction de la part des personnages et qui va entraîner un changement de situation.

Ce rebondissement va à son tour préparer le terrain pour la prochaine scène d’action, qui entraînera la suivante et ainsi de suite, augmentant graduellement la tension du récit jusqu’au point culminant, qui sera résolu dans le dénouement.

Un exemple

Pour illustrer la manière dont les actions s’enchaînent les unes aux autres dans un roman pour enfants, regardons de plus près les principaux moments forts de Kamo L’agence Babel de Daniel Pennac, simplifiés bien-sûr pour éviter les divulgâchis 😉 :

Action 1 : Kamo a eu 3/20 en anglais.
Conséquence : Pour améliorer son anglais, sa mère l’oblige à correspondre avec une jeune britannique, Cathy.

Action 2 : Kamo envoie une missive cinglante à Cathy, qui est censée la décourager.
Conséquence : La réponse de Cathy est encore plus mordante, Kamo en est ravi, c’est le début de leur amitié.

Action 3 : Leur correspondance s’intensifie, le progrès de Kamo en anglais sont fulgurants. Mais la vie de Cathy semble dramatique voire mystérieuse, et les invraissemblances  s’accumulent autour d’elle.
Conséquence : Réalisant que Kamo tombe amoureux de Cathy, l’ami de Kamo s’inquiète pour lui.

Action 4 : L’ami de Kamo entreprend des recherches sur Cathy.
Conséquence : D’indice en indice, il découvre son secret.

Action 5 : L’ami de Kamo tente d’expliquer à Kamo que son amour est impossible.
Conséquence : La tension monte, l’amitié des deux garçons est menacée.

Action 6 : Cathy demande à Kamo de la rejoindre au plus vite. Kamo demande l’aide de son ami pour la retrouver. Le suspens qui précède la découverte de l’identité de Cathy atteint son appogée.
Conséquence : Le moment de la grande révélation arrive, tous les mystères sont éclaircis, toutes les sous-intrigues sont bouclées de manière satisfaisante. Et Kamo est désormais parfaitement bilingue.

Cinq trucs pour réussir une scène d’action

Tout d’abord, il y a la cohérence avec l’univers du roman et donc avec les préoccupations des lecteurs ciblés. Qu’elle réponde à un désir d’aventure, à des interrogations d’ordre sentimental, à un besoin de s’affirmer ou autre, une scène d’action doit être en accord avec les grands thèmes du récit. Autrement dit, rien ne nous empêche d’inclure une poursuite à moto dans un conte de fées, à condition que l’ensemble du récit et les intérêts des lecteurs se prêtent aussi bien aux motos qu’aux fées.

La diversité : sans aller jusqu’à mélanger dragons, extraterrestres et détectives privés, une scène d’action qui effleure plusieurs thèmes est plus complexe et plus riche en émotions. Comme dans l’exemple de Kamo, une action peut à la fois fournir des indices mystérieux, attiser une histoire d’amour et mettre en péril une amitié. Donc d’une pierre trois coups: des informations sur la psychologie des personnages, un brin de suspense sentimental, et enfin des indices qui font avancer l’intrigue principale et qui éveillent la curiosité du lecteur pour la suite du récit.

Le suspense : pour qu’une action soit captivante, elle doit introduire un problème qui semble insurmontable. Injustices, mystères, conflits, menaces, comptes à rebours, tout ce qui génère de la panique et/ou du mystère fait monter la tension du récit et l’adrénaline du lecteur. Donc plus la situation est problématique, plus les indices sont surprenants et plus la réaction des personnages est astucieuse, mieux l’histoire se portera.

Le dénouement d’une scène d’action doit être vraisemblable. Même si au cours d’un récit les talents des personnages évoluent et de se diversifient, et même si en situation des stress les personnalités se dévoilent parfois de façon inattendue, les réactions des personnages doivent toujours être cohérentes avec leur caractère et leurs capacités. Pareil pour leurs alliés et autres aides auxquelles ils ont recours pour se sortir d’un mauvais pas. Donc surprendre, dépayser et ravir le lecteur? Oui, mais en évitant les solutions trop faciles et les super-pouvoirs qui tombent de nulle part.

Enfin, la résolution d’une scène d’action comporte souvent une ouverture sur l’action suivante. Si on reprend l’exemple de Kamo, les actions s’enchaînement l’une à la suite de l’autre pour que de fil en aiguille, la toute première action dirige le récit vers la toute dernière conséquence: pour commencer Kamo a eu un 3/20 an anglais, et pour finir Kamo est devenu bilingue. Ainsi, tout au long du récit, les actions se complètent dans deux buts précis :

  • augmenter graduellement la tension jusqu’au point culminant du récit
  • construire peu à peu la solution du problème initial, pour finalement la révéler lors du dénouement

 

Pour résumer le tout, les scènes d’action d’un récit travaillent ensemble pour nous fournir au compte-goutte des indices, des obstacles et des éclaircissements qui vont diversifier les thèmes, accroître le suspense et faire évoluer les personnages vers un dénouement surprenant et cohérent.

Et pour des trucs sur comment planifier et écrire une scène d’action, retrouvez-moi bientôt dans le prochain billet!

 

 

Crédit image: freepik

2 Commentaires

  1. Milly dit : Répondre

    Un billet à lire et à relire. Pourrais-tu dire que ces trucs s’appliquent davantage pour un roman jeunesse?

    1. silvia dit : Répondre

      Salut Milly, à mon avis ces cinq conseils sont valables pour tous les genres de récits. L’exemple sert à illustrer comment ils s’appliquent à une histoire d’aventures pour les enfants. La nuance se trouve dans la cohérence des scènes d’action avec le public auquel l’histoire est destinée. C’est ce qui va décider du choix des thèmes présents dans la scène d’action, du vocabulaire, de l’humour, etc. Ensuite, il y a aussi le rythme qui va dépendre des l’âge des lecteurs. J’en parle justement dans le billet sur l’écriture d’une scène d’action, que j’espère finir très, très bientôt. 🙂

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